Procès Pistorius : Le problème d'interprétariat pourrait-il conduire à un déni de justice ?

L'Afrique du Sud fait de nouveau l'objet de vives critiques pour avoir manqué à recourir à des interprètes qualifiés pour le procès de haut niveau de l'athlète olympique Oscar Pistorius. Le pays a déjà été critiqué pour avoir utilisé les services d'un « faux » interprète au Mémorial de Nelson Mandela en décembre 2013.

L'interprétariat à la Cour, tout comme l'interprétariat médical, n'est pas seulement un exercice très stressant, mais c'est aussi un travail particulièrement difficile étant donné que la précision est essentielle, et manquer à interpréter de manière précise peut parfois avoir des conséquences désastreuses ou qui mettent la vie en danger. C'est pourquoi recourir aux services d'interprètes qualifiés et certifiés par les tribunaux avec des années d'expérience/de pratique prouvées est essentiel pour l'interprétariat à la Cour, en particulier l'interprétariat de haut niveau.

Les interprètes chargés de faire l'interprétariat de l'afrikaans à l'anglais et vice versa au procès Pistorius ont eu du mal à fournir un interprétariat précis et fidèle à l'original, ce qui pose la question de savoir si les erreurs d'interprétariat pourraient conduire à un déni de justice.

Le premier jour du procès, l'interprète initial qui a accepté de faire l'interprétation s'est désisté à la dernière minute, provoquant une heure et demi de retard. Lorsque le remplaçant a commencé l'interprétariat et n'a pas cessé pas de demander au témoin de répéter ce qu'il/elle a dit, tout le monde dans la salle a constaté le problème : l’interprète n’était tout simplement pas à la hauteur de la tâche.

Dans les semaines suivantes, l'absence d'interprétariat professionnel et précis a conduit de nombreux témoins à témoigner en anglais plutôt qu'en afrikaans, leur langue maternelle. Lorsque l'on arrive au point où les témoins se sentent obligés de témoigner dans une langue autre que leur langue maternelle, cela montre que l'interprète a complètement perdu la confiance de son public et a tout simplement omis de faire ce qu'il/elle est censé(e) faire en premier lieu - interpréter correctement et fidèlement pour assurer une communication fluide au cours du procès.

Les interprètes ont continué de faire preuve d'incompétence en interprétant de manière incorrecte ce qui a été dit par les témoins, en manquant des mots clés ou en manquant à rendre le ton du témoignage. L'avocat de la Défense, M. Barry Roux, aurait eu à corriger l'interprète à plusieurs reprises :

Van Rensburg (en afrikaans) : « ... Quand nous sommes arrivés, il y avait des serviettes et des sacs à ordures noirs sur la scène ... »

Interprète : « ... Il y avait des vêtements noirs ... »

Van Rensburg : « ... La personne était déjà morte lorsque les ambulanciers sont arrivés ... »

Interprète : « Le corps est mort à leur arrivée. »

Van Rensburg : « ... À ce stade nous avions déjà été en service pendant 24 heures ... »

Interprète : « ... Nous étions 24 en service ... »

Van Rensburg : « ... M. Pistorius était très émotif ... »

Interprète : « ... M. Pistorius était émotif ... »

Il va sans dire que, même une petite omission peut complètement changer le ton d'une phrase : « être émotif » est différent d’« être très émotif ». Le mot « très » augmente le niveau d'émotion et son ajout - ou son absence - peut avoir un impact sur le juge ou le jury qui devra finalement arriver à un verdict. Il en va de même lorsque l'on manque à décrire avec précision les éléments, les chiffres, les couleurs, etc., ou lorsque l'on donne des informations erronées (« nous étions 24 en service » c. « nous étions en service pendant 24 heures »).

L'interprétariat inexact est un problème grave, en particulier dans une salle d'audience, puisque tout est dit sous serment. Si la déposition d'un témoin est mal interprétée, le contre-interrogatoire sera basé sur une interprétation erronée, à l'encontre du témoin, menant à plus de confusion et de préjudice. Le procès pourrait être complètement entaché et le juge et le jury pourraient fonder leur conclusion sur des informations erronées. Cela pourrait éventuellement conduire à un déni de justice avec un criminel déclaré innocent ou un innocent déclaré coupable.

Le procès Pistorus et le Mémorial de Mandela Nelson sont de tristes rappels que manquer à recourir aux services d'un interprète à la Cour qualifié/certifié peut avoir des coûts importants sur le long terme. L'Afrique du Sud doit apprendre de ses erreurs et rechercher les interprètes sud-africains expérimentés et qualifiés qu'il a manqué à utiliser en premier lieu.

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